Went on the farmers market
- Le Monde de La Binocle

- 16 juil. 2022
- 4 min de lecture

Nora n’aimait pas forcément faire les courses. Elle détestait ça même. En fait elle n’y allait que parce qu’il s’agissait d’un des processus essentiels lui permettant finalement, de rester en vie. C’était un mécanisme qu’elle qualifiait de rébarbatif, épuisant et pas très fun. La plupart du temps, elle descendait à la supérette située à trois rues de chez elle, avenue Vaugirard et achetait deux trois paquets de pâtes, de la sauce tomate, payait le tout et rentrait chez elle exténuée d’avoir dépenser pour si peu dans un but purement lié à sa survit d’humaine.
Ce jour là, Nora rentrait des cours dans les alentours de 15h30, et elle n’avait ENCORE plus rien à manger. Elle commençait à faire une overdose de féculents, et voulait pour une fois croquer dans quelques légumes. Sa meilleure amie lui avait indiqué une petite épicerie bio pas très loin de son quartier, du coup elle s’était dit qu’il serait peut-être temps de faire un effort sur ses choix culinaires.
En arrivant devant la supérette, elle ne vit que des bobos. Nora se retint de faire un commentaire sur la maman et son fils qui ne semblait être nourrit qu’à la pousse de soja, et s’engouffra dans le magasin. Elle adressa un bonjour de la tête au caissier, un jeune homme à lunettes, coiffé bizarrement comme une star de K-pop. Nora prit le rayon situé sur sa gauche, et découvrit une variété inimaginable de… lait ? Il y avait du lait de soja, riz, noisette, amande, quino-
- Quinoa ? Attends quoi, du lait de quinoa ? Mais qui boit ça volontairement ?? S’esclaffa t-elle, cependant plus fort qu’elle ne l’aurait cru, car la blonde qu’elle avait aperçu avec son fils à l’entrée quelques instants au paravant lui lança un regard dédaigneux, pris la première bouteille de lait de quinoa et la déposa dans son sac en tissus. Sûrement en fibre de coton de Madagascar se dit Nora. Elle se retint alors de rire, en pressant son poings contre sa bouche et attendit que la femme quitte le rayon.
- Je suis d’accord, la Quinoa c’est dégeu, j’espère qu’elle lui en donne au moins avec des chocapic, fit une voix aux intonations que Nora trouvait exquises. Cette dernière se retourna vivement et se retrouva face à face avec une jeune fille aux cheveux roses. Elle semblait avoir à peu près le même âge que Nora avec un an ou deux de différence maximum. Nora en eu le souffle coupé, au point qu’elle ne su pas quoi répondre.
- T’es sûre que ça va ? Dit la fille en levant un sourcil en guise d’étonnement ? T’es devenue toute pâle. Continua-t-elle.
Nora agita la tête lentement pour lui signifier que tout allait bien, mais son coeur battait à tout rompre. La jeune fille aux cheveux roses, haussa les épaules, s’avança dans le rayon, pris une bouteille de lait de noisette et lui lança un clin d’oeil d’adieu. En quittant le rayon, elle frôla Nora qui n’avait toujours pas esquissé le moindre mouvement, trop sonnée. Nora réalisa que son interlocutrice inconnue sentait la fraise et la framboise en plus d’avoir les cheveux teint en roses, une salopette et des doc Martens de la même couleur.
Sur le chemin du retour, Nora se remémorait ce moment, elle avait pu faire ses emplettes, mais son esprit était totalement ailleurs. Elle n’arrêtait pas de penser à l’inconnue, à ses yeux marrons chocolat, à ses long cils qui retombaient paresseusement lorsqu’elle clignait des yeux. Elle repensa à ses tâches de rousseurs, elles semblaient fausses, mais lui allaient si bien. A ses piercing, il semblait même qu’elle en avait un là où Nora n’aurait normalement pas dû regarder.
Nora soupira, elle avait raté sa chance, et en plus elle avait dû la prendre pour une fille niaise et sans aucune once de jugeote.
Nora était fâchée lorsqu’elle se décida enfin à cuisiner, elle avait envie de se faire une ratatouille devant le Pixar portant le même nom, ceci lui remonterait sûrement le moral pensa t-elle.
Une fois installée sur son pouf-coussin, l’ordi posé sur le sol de la mezzanine, son plat dans une main, la fourchette dans l’autre, Nora lança le film. A la moitié de ce dernier, elle pris son téléphone et envoya un message à Nour, sa meilleure amie. Celle-ci lui répondit sur le champs et ne tarda pas à l’appeler.
- Nouuuuuuuur, fit Nora en se morfondant, j’ai rencontré l’amour de ma vie et j’ai tout gâchééééé sanglota t-elle.
- Pour changer… répondit son amie. Allez, raconte moi ça dit-elle sur un ton qui se voulait réconfortant.
Nora lui raconta tout depuis le début, Nour ne put s’empêcher de rire.
- Je suis désolée ma chérie, mais comment tu peux être deux de tension mdrrrrr, fin je sais pas moi. T’as plus la bouche quand t’es avec moi tiens.. lui dit-elle.
- Continue.. Et ça se dit amie. Puis c’est facile à dire pour toi, t’es super extravertie, les garçons t’adorent au grand désarroi de ton père. Répondit Nora.
- Bah que veux-tu, si je n’existait pas, il faudrait m’inventer, puis papa adore rencontrer mes petits-amis, il s’entraine à les intimider pour le jour où je lui présenterait le bon.
Nora ne blâmait pas Nour d’être aussi sûre d’elle, elle était vraiment magnifique et avait raison d’en être fière. Elle avait une épaisse chevelure bouclée brun foncé, une bouche d’un rose presque orangé, la peau mat propres aux femmes nord-africaines, et des yeux renversants, d’un marron mordoré presque similaire à de l’or liquide. Nora adorait Nour, elles s’étaient rencontrées durant les rattrapages de leur première année de droit, et cela faisait presque cinq ans qu’elles étaient devenues inséparables sur les bancs de la fac.
- Tu sais, repris Nour, peut-être que si tu te mets à enfin manger sainement, tu pourras peut-être retomber sur elle, on ne sait jamais.
Nora soupira, et dit :
- Oui, tu as sans doute raison.. Mais imagine si je ne la revois pluuuus, je pense mourir, là, tout de suite.
- Arrêtes de dire des bêtises, cesses de te morfondre et retournes-y dans la semaine. Bon, c’est pas tout ça ma petite Nora, mais j’ai encore mon mémoire à finir de taffer pour la semaine prochaine, et je suis loin du compte… Allez, ressaisis-toi, et gros bisous la puce ! Nour fit un bruit de bisous baveux derrière son téléphone, et attendit que Nora fasse de même pour raccrocher.
Nora s’endormit assez tard ce soir là, mais ses rêves eux la laissèrent éveillée…
A suivre...




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