Pourquoi la femme fait-elle toujours l'objet de comparaisons ?
- Le Monde de La Binocle

- 17 avr. 2023
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 27 mai 2024
*LUMOS*

Voilà une question à un million sur laquelle je me pencherais bien.
En effet, si l’une s’appelait peinture, et la seconde poésie, d’aucuns auraient dores et déjà un avis sur la question. Dans son recueil sur L’art de comparer, Françoise Graziani évoque :
« (…) Et si peinture et poésie se complètent mutuellement, car leur interaction permet de réconcilier idée et image. Pourtant chaque fois que l’analogie entre image visuelle et image poétique est posée dans l’histoire de l’art ou de la littérature, c’est dans une intention polémique, et il est rare qu’on l’interroge pour elle-même ».
Autrement dit, la poésie et la peinture seraient sans cesse mises en opposition, alors qu’a contrario elles appartiennent à leur propre style tout en se complétant dès lors que cela est nécessaire.
A mon sens, c’est la même chose pour la femme. Au sein de la Pop culture, les carrières d’artistes comme Rihanna ou Beyoncé sont constamment comparées. En France, c’est Aya Nakamura qui se retrouve au centre de quizz twitter dont le sujet est de savoir si on la préfère ou non à Angèle (artiste belge).
Il n’existe pas à l’heure actuelle un seul domaine au sein duquel la femme ne fait pas l’objet de comparaisons.

En bref, les femmes auront beau se démener, ce ne sera hélas jamais suffisant.
Alors, qu’est-ce qui expliquerait ce besoin continu de monter les femmes les unes contre les autres ?
Apparemment ce serait le fait que les filles soient éduquées afin d’être mise en compétition entre elles, non pas pour le travail ou des accomplissements personnels, mais pour l’attention des hommes (tiré du Discours « We Should All Be Femminists » de Chimamanda Ngozi Adichie). En réalité le problème ici, c’est que les femmes sont toujours mise en compétition pour le plaisir de l’homme. Les médias font choux gras en surfant sur des débats stériles, car manifestement de gros noms de l’industrie en headline ont tendance à faire vendre et rapporter gros (cf : post @WyzmanRajaona sur Medium). Sans aucun doute la faute au capitalisme et au patriarcat.
Comme la peinture et la poésie, les femmes ont leur propre pattern. Si on s’attarde sur la discographie respective d’artistes comme celles citées précédemment, il serait complètement affreux, sous prétexte que l’une serait potentiellement « meilleure » que l’autre, de devoir se priver de sons aussi exceptionnels que Drunk in love ou Work en soirée. De même pour la gamme de produits FENTY BEAUTY. Ce serait tendre le bâton pour se faire battre. Elles ont fait leur preuve, et nous ont montré qu’elles n’avaient besoin de rien ni personne et certainement pas celui d’être comparé.

Dans notre modèle traditionnel il est difficile d’accepter la réussite d’une femme noire, et la présence parfois oppressante des personnes non issues des minorités a quelquefois tendance à amplifier cet effet. C’est réellement les discréditer.
C’est usant de toujours venir comparer les femmes noires, parce que ça s’apparente également à de micro agressions, sur leur physique, notamment le fameux rapport femme noire et footballeur. Combien de fois a t-on vu et entendu des expressions du style « elle parle comme un bonhomme, c’est le défenseur central du Bayern » ?
Récemment encore, la chanteuse Aya Nakamura a été la cible de critiques quant à son apparence et aux clichés pris durant le défilé Givenchy.
Autre sujet controversé, le colorisme, « concept sociologique qui permet de nuancer l’opposition noir/blanc en abordant les différentes hiérarchies sociales induites par la racialisation » - Pap N’diaye 2006, vient de nouveau prouver le fait que les femmes ne sont pas toutes mise sur le même pieds d’égalité. En d’autres termes, aujourd’hui le colorisme s’apparente principalement aux critères de beautés blancs, créant ainsi un gap entre celles à la peau plus claire (lightskin) et celles à la peau plus foncée (Brownskin et Darkskin).
Comparer les femmes à tout bout de champs c’est les sous-estimer, c’est les assimiler les unes aux autres et leur enlever leur identité.

Encore une fois, la faute au patriarcat, il y a ce besoin malsain de complexer la femme, de l’objectifier, en faire un objet de convoitise, et la réduire en un simple trophée. Ce qui a pour réponse une intériorisation par la femme elle-même, car inconsciemment on l’intériorise, et on se dévalue face à l’autre, c’est un en quelques sorte un manque de bienveillance qui pousse à examiner autrui afin de se rassurer sur soi-même.
Pour résumer : « I do not support all women some of you bitches are very dumb ».

Pour ainsi dire, il n’y a parfois pas suffisamment de membres au sein de la sororité, et il vaudrait mieux parfois faire cavalier seul.e.
Et dans une société qui semble être gangrenée par la bêtise et l’immoralité, il paraît naturel de se comparer. Il s’agirait d’un comportement humain inné qui lui serait propre, bien que cela ne le rende pas moins grave pour autant.
En somme, si l’on devait utiliser une expression enfantine pour résumer tout ça :
C’EST NUL.
NUL en majuscule, parce que l’on aimerait juste souffler un coup, et surtout rester nous-même !

Votre dévouée La Binocle
Song of the day : Red Red wine -UB40
*NOX*




Commentaires